Mise à jour
Mise à jour d’octobre 2025
Dix mois à peine depuis notre passage, l’excellente cuisine ne pouvait pas avoir déjà disparu. C’est donc avec enthousiasme que nous avions donné cette adresse à une amie pour nous retrouver à déjeuner ; adresse sinon insolite, disons hors circuits habituels.
Cadre identique, accueil similaire, carte légèrement différente : en fait, il n’y a plus de carte au déjeuner mais un menu avec entrées et plats au choix – et le maintien de petites bizarreries amusantes comme la pulvérisation d’ingrédients liquides sur le plat choisi. Prix plus ou moins dans la lignée. C’est toujours aussi bon.
Mais alors, où est le problème, puisque l’on sent bien que problème il y a…
Le problème, c’est l’humeur du chef. Nous avions choisi un vin rouge de Saint-Pourçain dans un millésime relativement vieux – ce qui avait excité notre curiosité. Et c’est à notre amie que le vin fut présenté avant d’être servi ; non seulement parce que par élégance, on puisse concevoir de laisser une femme gouter le vin en premier ; mais aussi et surtout parce qu’ambassadrice de l’un des plus grands crus du Bordelais, elle est une experte redoutable et reconnue… Résultat ? Le vin n’est pas bouchonné mais sérieusement ‘passé’. Trop vieux, plus d’arome, éventuellement buvable par un anachorète revenant d’un séjour ininterrompu de cinq ans dans le Nedjd, mais pas par un résident qui se targuerait d’avoir un palais. Le maître d’hôtel dépité se retire sur la pointe des pieds. Surgit alors le chef qui s’empare d’un verre, le hume, le goûte et nous déclare que « ce vin est absolument parfait – c’est même comme cela que se boit le Saint-Pourçain ». L’amie n’étant pas du genre à se laisser impressionner, un semblant de discussion s’enclenche jusqu’à ce que le chef ne batte en retraite en nous proposant un autre vin. Fin de l’Acte I.
Le déjeuner se poursuit et s’achève avec un cognac. L’addition est réglée et un pourboire, laissé généreusement dans la coupelle. Surgit à nouveau le chef : « c’est moi qui paye les cognacs et vos 20€ de pourboire, vous pouvez vous les garder ». Fin de l’Acte II.
Il n’y aura plus jamais d’Acte III.
Et pour la forme, nous réduisons la notation de 4 palmes à 3 palmes. Pour apprendre au chef la politesse.
Information
Adresse
27/29 rue de Beaune 75007 Paris
Contact
01 40 13 96 42 et www.eclipses.fr
Horaires
11h30-15h et 19h-23h30 tous les jours sauf samedi et dimanche (à noter la possibilité de commander des plats à emporter de 10h à 21h)
Réception
Réservation
Très aimable
Accueil
Charmant et professionnel à la fois
Restaurant
Type de cuisine – Cadre
Le chef Cyril Choisne (beau track-record chez les meilleurs dont Christian Le Squer) a monté cette adresse peu de temps avant le Covid – d’où quelques débuts chaotiques désormais oubliés pour une table qui vaut véritablement le détour. D’abord parce que l’accueil y est adorable et que le chef aime tellement ce qu’il fait qu’on ne peut qu’être conquis. Mais aussi et surtout pace que dans un cadre sobre et élégant, on nous sert une cuisine de grande qualité qui ne s’égare pas dans les alliances incongrues et qui magnifie les bons produits.
Carte – Plats et vins
Carte au déjeuner : parmi les Entrées, La courge, potimarrons nacrés, épinards à froid, verveine du jardin (39€) ; Tourteau Breton Pak Choi, manque en émulsion (48€). En Plats, Turbot de petit bateau braisé, céleris en duo ponté d’avoine (54€), Bar de Ligne façon noisette piquillos fumé et fanes (52€) ; Pigeonneau royal au sang, jus perlé, fanes multi-couleurs de carottes (54€) ; Côte de Veau de lait fermier, tombée des bois dans leur jus (58€ pp, servie pour 2). Desserts (19€) de Châtaigne ou Pomme Ardennaise. Au dîner, deux menus (5 et 7 services) à 94€ et 134€. A noter toute une série de produits à commander (foie gras, saumon, plats préparés en fonction du marché). Sans oublier les différentes sortes de pain proposées auxquelles il est impossible de résister.
Carte des vins rassemblée mais bien conçue
Repas
Après une mise en bouche parfumée au cognac, saumon mariné maison, épais et étonnamment goûteux accompagné d’herbes délicates qui subliment le produit sans jamais le dominer. Pour accompagner ce plat qui renaît devant nous, un sancerre de bonne facture du domaine Thirot en 2023. Pour suivre, Coquilles Saint Jacques dans une sauce qui fait oublier les préparations habituelles à base d’ail et de persil. C’est ainsi, le chef aime le beurre demi-sel et ne craint pas les sauces. Résultat, sur une cuisson évidemment parfaite où la transparence de la coquille apparaît dans sa couleur diaphane, une sauce qui vous ensorcèle sans jamais vous anéantir dans sa sublime simplicité. Un grand plat, non pas ‘revisité’ comme on dit en novlangue, mais tout simplement retrouvé… Pour l’accompagner, un superbe Chablis les Beaumonts domaine Dampt frères en 2022 qui après le Sancerre, apportait toute la puissance olfactive du chardonnay bien traité.
Pour conclure, une sorte de roulé chocolat café, là encore d’une légèreté insoupçonnable.
Notre avis – Qualité/prix
94€ pour ce repas, digne de figurer parmi les meilleurs dégustés ces derniers temps. Le Chef mérite notre soutien : ne laissez pas passer cette adresse (par ailleurs dans un quartier qui n’en regorge pas), vous le regretteriez. Le Chef aime cuisiner ce qui lui paraît bon et souhaite que ses hôtes soient heureux en passant chez lui un moment dont on se souvient. C’est sans conteste le cas.


