Information
Adresse
Domaine National du Palais Royal, 17 rue de Beaujolais 75001 Paris
Contact
01 42 96 56 27 et contact@legrandvefour.com
Horaires
Du lundi au dimanche de 12h à 14h et du Dimanche au samedi de 19h à 22h
Réception
Réservation
Invité
Accueil
Charmant
Restaurant
Type de cuisine – Cadre
Un nouveau chef arrive au Grand Véfour, un évènement pour tout amoureux de gastronomie : une succession de splendeurs, de silences, de renaissances et de chutes plus ou moins élégantes. Comme si ce lieu, posé sous les arcades du Palais-Royal depuis le XVIIIe siècle, refusait obstinément de mourir. Le Véfour n’a jamais été un simple restaurant. Il fut d’abord un théâtre du pouvoir, des lettres et du goût. Bonaparte y avait sa table, Cocteau y dessinait les menus, Colette y retrouvait son Paris. Mais les maisons mythiques portent en elles leur propre fragilité : elles vivent autant de mémoire que d’exigence présente. Après les fastes du XIXe siècle, le Grand Véfour s’est essoufflé lentement. Puis arriva Raymond Oliver, en 1948. Et soudain la vie revint. Il avait su rendre au Véfour sa fonction sacrée : être un lieu de civilisation française. Avec lui, le restaurant retrouva ses trois étoiles Michelin et redevient le rendez-vous des écrivains, des artistes, des puissants. Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir ou encore André Malraux y retrouvèrent cette alchimie rare entre grandeur et intimité. Des décennies plus tard, une autre renaissance surgit avec Guy Martin en un héritier inattendu : autodidacte, instinctif, poétique dans sa cuisine. Il sut redonner rapidement au Grand Véfour son éclat suprême en retrouvant la troisième étoile Michelin en 2000. Pendant près de trente ans, il aura été le visage du Véfour. Mais hélas il aura aussi été l’artisan d’une chute que cette adresse ne méritait pas en ne proposant plus, depuis la fin du Covid, que des assiettes tout juste dignes d’une classe affaire d’avion et en participant à la lente dilution de l’âme du Véfour, préférant expliquer sur internet comment faire des pâtes au saumon.
Et pourtant, même dans son affaiblissement, le Grand Véfour demeure et demeurera toujours plus grand que ses crises. Car certaines maisons ne disparaissent jamais vraiment ; elles attendent simplement leur prochain souffle. En ce mois de mai 2026, lors d’une promenade au sein du si beau et unique Palais royal quel bonheur de revoir une carte et d’apprendre que Bruno Doucet reprenait cette adresse. Ce chef considéré comme l’un des grands représentants de la bistronomie française, passé par les cuisines des chefs Barrier, Gagnaire et Vigato est un amoureux sincère du produit et de la saison…On espérait donc que dans ce mariage les deux se transcendent ; que le Véfour retrouve un peu de son histoire et que monsieur Doucet retrouve cet élan connu il y a quelques années à la Régalade mais qui au fil des déjeuners s’était essoufflé, à force de compliments injustifiés de clients peu regardants. Notre dîner a démontré que les intentions étaient bien là et que l’essai même en ces premiers jours était prometteur, mais avec des choix qui détermineront la suite de cette histoire.
Carte – Plats et vins
La carte est belle et quand on hésite c’est déjà bon signe (Entrées de 30€ à 50€ et Plats de 60€ à 90€) : Queues de gambas « label rouge » rôties servies tièdes, mesclun de Provence, pamplemousse ; Daurade sauvage marinée au citron et huile d’olive, concombre et lait de coco ; Filet de bœuf en tartare, pousses d’épinards, champignons crus, vinaigrette huile d’olive citron, crème acidulée ; Terrine de foie gras de canard et anguille fumée en pressé, condiment pomme verte ; Noix de ris de veau rôtie au beurre demi-sel, cassolette de morilles au vin jaune et jus de viande, oignons cébettes et purée de pommes de terre ; Pigeon entièrement préparé, farci au foie gras et cuit entier, petits pois et jeunes carottes ; Poitrine de veau confite dans son jus, échalotes, légumes de printemps à la sauge ; Poisson du jour grillé, sauce choron, purée de pommes de terre et salade de cresson ; Entrecôte de bœuf Holstein maturée, beurre d’échalotes au jus de viande, purée de pommes de terre et salade de cresson…
Carte des vins magnifique mais à des prix indécents (coefficient 5 et plus vérifié sur de trop nombreuses bouteilles)
Repas
Jolie assiette d’asperges parfaitement cuites accompagnées d’une toute aussi juste sauce maltaise. Pour suivre, Suprêmes de volaille jaune des Landes rôtis et tout à la fois croquants sur la peau mais aussi très moelleux, sans aucun dessèchement, purée de persil et cresson, poêlée de champignons au jus de viande, pommes gaufrettes (servis en plus avec malice dans une belle vaisselle argentée). Ces plats rappellent le chef Doucet dans ses marqueurs : Le respect absolu du produit, la justesse des assaisonnements, la maîtrise des cuissons, et une générosité bourgeoise, assumée bien que discrète mais tellement rare dans nos assiettes parisiennes.
Desserts également très réussis avec une généreuse profiterole bien réalisée et une magnifique tarte au café dont l’appareil était parfait (la pâte sablée aurait-pu être un soupçon plus épaisse et les amandes caramélisées apportent elles quelque chose ? Questions que les gastronomes auraient voulu évoquer jusqu’au bout de la nuit en goutant assurément le soufflé glacé au Grand Marnier).
Notre avis – Qualité/prix
Il faut compter pas moins de 150 euros par personnes pour un repas avec entrée, plat et dessert accompagné d’un verre de vin sage (on aimerait suggérer à cet égard qu’un seul petit quart de la carte des vins soit à moins de 100 euros, ce qui éviterait de trop perdre de temps à rechercher la pépite qui permettra de maintenir l’addition dans des eaux raisonnables).
Au global, il y a donc pire, mais peut-être mieux aussi. Le Véfour est-il redevenu le Grand Véfour ? Service adorable et prévenant, Sommelière d’une rare élégance et exemplaire dans l’accompagnement. Cadre unique et arts de la table merveilleusement conservés à travers de magnifiques verres, des couverts anciens, des peintures, des banquettes magnifiques, de vraies bougies qui concourent tellement à l’ambiance. L’attente des assiettes, un peu longue, confirme néanmoins le soin dont elles ont été l’objet avant de quitter les cuisines.
Cela étant, on ne sait plus très bien à l’issue du repas si l’on est dans un grand restaurant ou dans une cuisine de bistrot améliorée, servie dans un très bel écrin. On ne sait pas davantage lors d’une prochaine réservation si l’on aura droit à une réponse personnalisée d’un véritable directeur ou, comme nous l’avons entraperçu, un retour sans personnalité d’une responsable « évents et réservation » comme pour ces adresses qui oscillent entre clientèle mode et classique. Ce Véfour ne semble pas avoir encore tranché, désirant peut être et encore faire le grand écart entre les deux. On remarquera néanmoins que quelques tables donnent sur le Palais Royal (jusqu’à 22H30) et qu’une belle terrasse va s’ouvrir sur le péristyle, jusqu’aux heures où les carrosses se transforment en citrouilles. Pour l’heure, on ne peut que profiter en intérieur de l’une des plus belles décorations de restaurant de Paris, sorte de théâtre aristocratique suspendu entre styles Louis XVI, Directoire et l’Empire, ouverte tous les jours et les soirs, après un spectacle ou pour un souper, jusqu’à 23H30. Il faudra donc que nous en reparlions bientôt.


